- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Vincent Bonnet, Vincent Labaume et Armance Léger
Ce troisième numéro de la revue Turbulences, intitulé « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », prolonge à l’écran, en texte et en image, les deux journées d’étude internationales qui se sont tenues les 25 et 26 mai 2023 au Mucem (Marseille). Depuis ses deux actions fondatrices de l’Art corporel et de l’Art sociologique en France, Messe pour un corps et La Lessive en 1969, jusqu’à son dernier Rituel de transmutation (1993-1995), Michel Journiac n’a eu de cesse de redéfinir les questionnements artistiques essentiels de son temps. Longtemps reléguée aux marges des institutions, son œuvre suscite depuis plusieurs années un intérêt renouvelé, notamment chez celles et ceux qui y voient une des expressions pionnières d’un art « queer ». L’enjeu de ces journées d’étude, comme de cette publication en ligne, est d’interroger en acte cette œuvre historique, toujours en débat dans l’art le plus actuel, et d’en proposer une approche critique, inédite et plurielle.
- # art, corps, genre, michel journiac, queer, rituel, sociologique
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Armance Léger et Jacques Miège
L’entretien retrace la collaboration entre Jacques Miège, légataire universel de Michel Journiac, et Armance Léger, directrice de la recherche et des successions à la galerie Christophe Gaillard à Paris, pour l’inventaire des œuvres, le classement des archives et la valorisation du fonds de l’atelier de l’artiste. Dans le secret de l’atelier, il invite à mieux découvrir la pratique de Michel Journiac ainsi qu’à percevoir la manière dont s’organise la réception de son œuvre. Préservé dans sa totalité, le fonds des archives de Journiac offre la possibilité de pénétrer dans l’intimité de l’œuvre et de remonter aux origines du processus créatif.
- # archives, atelier, carnets, estate, processus créatif
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Antoine Idier
À partir des écrits de Michel Journiac, cette contribution propose de problématiser le regain d’intérêt pour son œuvre, en même temps qu’elle interroge les processus d’écriture de l’histoire de l’art, et la production d’une reconnaissance symbolique. Elle rappelle la critique sociologique de l’« idéalisme esthétique » que proposaient l’artiste et l’art corporel, et sa conception d’un art nourri de la domination. Cet article souligne également que pour Journiac, l’art était une « mythologie », traversé par des rapports sociaux ; pour lui, l’art comme l’histoire de l’art n’étaient pas autonomes, mais en permanence reliés à des phénomènes culturels et politiques.
- # domination, histoire de l’art, processus de reconnaissance, sociologie légitimation
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Vincent Labaume
Ce texte analyse une œuvre-multiple de Michel Journiac consistant en une hostie tamponnée de son nom. Cette pièce associe production en série, geste corporel et dispositifs mécaniques (tampon, impression, gaufrage). Elle détourne le rituel chrétien de l’Eucharistie en le qualifiant ironiquement de « rituel anthropophagique ». Le tampon agit comme une « oblitération narcissique », annulant symboliquement le sacrifice divin par le nom de l’artiste. Journiac interroge ainsi l’appropriation artistique, le corps, l’identité et le rapport au sacré. Son travail s’inscrit dans une logique de « proposition » plutôt que d’imposition esthétique. L’œuvre dialogue avec ses autres actions fondées sur le marquage du corps et l’identité aléatoire. Elle met en jeu exclusion, signature, rituel social et transgression symbolique. Le multiple devient un contrat entre art, religion et société. L’ensemble révèle une démarche visant à transformer le corps en langage critique et politique.
- # corps, exclusion, identité, multiple, narcissisme, société
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Quentin Petit Dit Duhal
Dans ses œuvres et sa production textuelle, Michel Journiac donne à voir certaines pratiques sociales liées aux enjeux de genre et de sexualité et critique les différences sexuelles en utilisant le travestissement entre autres, considérant presque les vêtements comme une seconde peau. Il s’agit ici d’examiner la transgression de genre et de sexualité de manière transversale dans le parcours de l’artiste, en partant de la série Piège pour un travesti qui fait intervenir dans le monde de l’art la pratique du drag avant qu’elle ne soit popularisée dans le milieu des clubs gays new-yorkais dans les années 1990. Cet article entend d’abord saisir la relation que Journiac tisse entre la performance artistique et la performance de genre, avant d’examiner la manière dont il conceptualise une esthétique queer de la négation.
- # genre, performance, photographie, queer, sexualité
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Camille Paulhan
Cet article se propose de discuter de l’intérêt conjoint de Michel Journiac et de Gina Pane pour le sang ; rares artistes de l’art corporel ayant utilisé leur propre sang au tournant des années 1970, iels lui ont en outre donné une place prédominante et des symboliques singulières dans leurs discours et leurs performances propres. Apparaissant chez le premier par le mot au sein de titres d’œuvres ou de poésies, et pour la seconde par le biais de l’image photographique, le sang occupe par la suite une position importante dans leurs actions, au point d’ailleurs parfois d’occulter le reste de leur travail. Cette recherche tâche de montrer ce qui a pu rassembler et éloigner les deux artistes, souvent étudié·es ensemble mais pas irréductibles l’un·e à l’autre : une véritable émulsion hémoglobine.
- # action, art corporel, body art, performance, sang
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Julián Daniel Gutiérrez Albilla
This article stages a theoretical “encounter-event” between the matrixial psychoanalysis of Bracha L. Ettinger and the artistic practice of French queer artist Michel Journiac (1935-1995), exploring the implications of this engagement for feminist, queer, and transgender studies. The analysis argues against conceiving Ettinger’s work as a “master discourse”, which would reductively totalize Journiac’s complex œuvre and contravene the Lacanian ethics of psychoanalysis. Instead, by positioning Journiac as a conceptual “partner-in-difference”, this article treats his artwork as a visualization of theoretical thinking. Using Ettinger’s theory as an “available discourse”, the focus shifts from a primary concern with the origins of subjectivity and identity, exemplified in works like Journiac’s Hommage à Freud (1972), toward its potential as a tool for examining finitude, mourning, and trans-subjectivity. This latter investigation is developed through references to Journiac’s later photographic actions and ritualistic series — particularly Marquage d’un corps-Action de corps exclu (1983) and Rituel de transmutation (1993-1995) — which address his artistic response to the individual and collective trauma of the AIDS epidemic. The article contends that an Ettingerian framework facilitates a trans-subjective encounter between the spectator and the traces of trauma in Journiac’s work, moving beyond the finite limits of ego, body, and identity. Drawing upon Ettinger’s concept of “wit(h)nessing” (to bear witness to and with the other), this analysis elucidates the transformative aesthetic, ethical, and political potential of trans-subjective mourning, demonstrating how Journiac’s art can process loss and mortality while fostering new modes of relationality.
- # aids, journiac, matrixial psychoanalysis, mourning, trauma
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Vincent Bonnet
Cet article propose un retour inédit et ekphrastique sur l’exposition de Michel Journiac, Icônes du temps présent, qui a eu lieu à la Galerie J & J Donguy, en novembre 1988 dans le cadre du Mois de la photo à Paris. À partir d’une description de l’ensemble des pièces présentées, cette étude a pour premier objet de reconstituer in extenso l’exposition de 1988 ; puis de proposer une analyse détaillée de chacune des icônes en les inscrivant dans une histoire instituée de l’art et de la culture ; et enfin de formuler, à partir des œuvres et de l’exposition elle-même, quelques questions théoriques autour du photographique, de l’icônisation comme méthode et de l’autre comme question…
- # autre, corps, icône, journiac, photographie
- NUMÉRO 3 : « 24 HEURES DANS L’ŒUVRE DE MICHEL JOURNIAC », Revue
- Sarah Wilson
Michel Journiac and Robert Morris were contemporaries: Morris exhibited in Paris in 1968. Despite profound differences, notably Journiac’s Catholicism and Morris’ American pragmatism, astonishing parallels link the two artists. Both were heirs of Marcel Duchamp and conceptual artists who embraced questions of male sexuality and cross-dressing in their work and performances. More surprising is their turn to the baroque: the golden skeleton of Journiac’s Contrat pour un corps No 3 (1972), and Study for a Corner of Orion (Day) (1980), by Morris. Both artists later responded to the AIDS crisis. Their “gay baroque” was riven with death: they created memento mori for our times. This striking comparison aims to situate Journiac’s work and legacy within a more international framework.
- # baroque, conceptual art, homosexuality, nazi, performance, photography
- Carnet
- Disconoma (Thomas Vauthier et Fanny Terno)
Notre proposition comprend, d’une part, une sélection de photographies issues de trois séries documentaires, comme autant d’explorations de localités : Kyoto, Onomichi, Kyojima (Tokyo) – initiées par Thomas Vauthier, puis rejoint par Fanny Terno. D’autre part, ces images seront accompagnées d’un texte co-écrit présentant les diverses modalités de production, d’exposition, et d’ouvertures théoriques intrinsèques à ces images. Les notions de bricolage, d’informalité, d’ensauvagement et d’entropie – en regard avec des concepts esthétiques spécifiquement japonais – seront notamment abordées pour préciser notre approche exploratoire de ces territoires japonais entre déshérence et revitalisation.
- # féralité, informel, Japon, photographie, urbain
- Carnet
- Magalie Martin
Parce qu’elle permet d’élargir notre perception par le biais d’une machine, l’utilisation de la vision infrarouge, et plus précisément de la thermographie par les artistes contemporains, s’annonce comme une piste prometteuse pour dessiner de nouvelles approches des troubles qui planent sur le Capitalocène. Quels langages critiques se développent-ils à partir de l’art thermographique, c’est-à-dire, à partir de ce nouvel angle extra-humain ? En amplifiant le corps d’un sens dont il est dépourvu, la caméra photo-thermique pourrait-elle être considérée comme une prothèse sensorielle pour rafraîchir notre regard sur le monde ?
- # art contemporain, caméra photo-thermique, machines de vision, Vision infrarouge, vivant
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- LESA
Ce deuxième numéro de Turbulences, intitulé « Esthétiques anarchistes : l’art et le non-gouvernable », prolonge et amplifie un séminaire tenu en 2022-2023. Avec : Benjamin Arnault, Rachel Boyer, Mathieu Cipriani, Corentin Delcambre, Felip Équy, Maryvonne Nicola Équy, Florian Gaité, Élise Garraud, Emma Gioia, Anna Guilló, Nora Kervroëdan, Viviana Lipuma, Christophe Longbois-Canil, Alice Lucot, Catherine Malabou, Marie Moreau, Célio Paillard, Frédéric Pouillaude, Yoshiko Suto, Thomas Vauthier, Frédéric Weigel. Design graphique de la revue : Thierry Fournier.
- # a-gouvernable, accumulation, anarchie, anarchisme, anti-art, art, articulation, artivisme, autogestion, autonomie, bibliothèque, bureau des dépositions, carnaval, Catherine Malabou, centre d'archives, communauté, confusion, coopératisme, costume contemporain, création collective, désordre, éducation populaire, émancipation, Emily Dickinson, esclavage, esthétique, fabulation, fascisme, forme de vie, fuite, géographie, géographie anarchiste, Georges Bataille, Gilles Clément, hétérarchie, illisible, Japon, jeu, justice transformatrice, lieux artistiques, marchandisation, marche, Marseille, non-gouvernable, opacité, performance, performance transformatrice, perreo, politique, pré-enactment, propagande, reggaetón, rituel, sacré, sacrifice, sigles, surveillance, théorie du costume, tissage, Troisième République, vivants, volte
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Frédéric Pouillaude
- # anarchisme, art, esthétique, non-gouvernable
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Florian Gaité, Anna Guilló et Frédéric Pouillaude
Dans cet entretien, Catherine Malabou revient sur son ouvrage Au voleur ! Anarchisme et philosophie en associant le refoulé anarchiste de certains philosophes contemporains au traditionnel primat philosophique de l’histoire sur la géographie. Après avoir rappelé l’indissociabilité de l’individu et du collectif dans le concept de non-gouvernable, elle y analyse la notion de « politique préfiguratrice » dont l’art pourrait être porteur tout en soulignant les dangers théoriques du « tout-performatif ». Elle y évoque aussi l’idée d’une transformation de soi échappant à la maîtrise et à l’auto-gouvernementalité, ainsi que la figure d’une marche d’errance émancipée de la verticalité et du désir de conquête.
- # anarchie, anarchisme, artivisme, autonomie, Catherine Malabou, forme de vie, géographie, marche
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Christophe Longbois-Canil
Le présent article entend explorer les différentes formes que prit la propagande par le fait durant la Troisième République, loin de l’opinion courante encore associée à ce terme. Pour ce faire, dans un premier temps, il sera question de définir l’usage de la propagande, de ses origines à l’aube du XXe siècle, avant d’aborder la propagande par le fait proprement dit et de s’attacher à celle par l’image afin de montrer la dimension existentielle d’une telle démarche artistique et militante.
- # anarchisme, art, politique, propagande, Troisième République
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Benjamin Arnault
À l’avant-jardin, territoire du non-gouvernable, de plus en plus souvent face à l’a-gouvernable – cf. les épisodes météorologiques, les allées et venues et autres apparitions –, les jardiniers, les artistes, les plantes, les animaux, les champignons, etc. s’accompagnent mutuellement. En situation, nous souhaitons interroger la rencontre du (des) vivant(s) en tant qu’approche fondamentale. Rendez-vous, entrevue ? Dans quelle mesure les activités des êtres vivants relèvent-elles du non-gouvernable ? Qu’est-ce que le non-gouvernable généré par le(s) vivant(s) offre, procure à l’art ?
- # a-gouvernable, arts harmonistes, Gilles Clément, situation socio-écologique, vivants
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Marie Moreau
Le Bureau des dépositions, ensemble de coauteurs performeurs au statuts administratifs différents, est aujourd’hui empêché légalement d’œuvrer. Depuis 2022, deux des coauteurs de cet ensemble sont sous Obligation de Quitter le Territoire Français. Les œuvres dont ils étaient les coauteurs ne peuvent donc plus être exposées et performées avec l’ensemble de leur coperformeurs, coauteurs. Cet article revient sur cet empêchement légal et imagine comment répondre à cette atteinte à l’intégrité des œuvres-milieux du Bureau des dépositions afin de ne pas rester muétisé par un droit des étrangers néocolonial et néo-libéral inique.
- # bureau des dépositions, fabulation, justice transformatrice, performance transformatrice, pré-enactment, tissage
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Rachel Boyer & Nora Kervroëdan
La « volte », également appelée « charnière », qualifie traditionnellement le renversement qui s’opère entre les quatrains et les tercets dans le sonnet. Si la volte est une forme motrice, un contre-mouvement qui permet des redirections rhétoriques ou sémantiques, il s’agira pour nous de l’utiliser comme une forme poétique spécifique de l’agir littéraire et politique. En nous appuyant sur l’œuvre d’Emily Dickinson, nous démontrerons en quoi le moment où le poème se tourne relève de l’organisation d’une zone d’opacité et d’illisibilité. Nous étudierons la volte dickinsonienne en tant qu’outil pour imaginer des modes de résistance face aux procédés de surveillance contemporaine et à ses mécanismes de capture qui ne laissent rien intact, ni le corps, ni la langue, ni le poème.
- # Emily Dickinson, illisible, opacité, surveillance, volte
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Corentin Delcambre
Acéphale est une revue avant-gardiste fondée par Georges Bataille et Pierre Klossowski entre 1936 et 1939. La communauté que la revue voulut fonder a eu pour projet de créer une mythologie moderne et dionysiaque ayant pour objectif principal de lutter contre toute forme d’autorité dans un contexte historique où le fascisme européen est triomphant. Les différents fragments, œuvres, dessins qui composent la revue prônent le fantasme d’une religion anti-chrétienne, c’est-à-dire exaltée, dionysiaque, volcanique qui prolonge la théorie mystique et économique de Georges Bataille sur le sacrifice et la transgression. S’opposant à toute forme de principe et d’homogénéisation (dans la « condamnation de tout ce qui est reconnu aujourd’hui »), la revue Acéphale a tâché de créer une communauté poétiquement et politiquement anarchique au sein de laquelle l’irrationalité et l’expérience-limite seraient souveraines. Notre article vise à montrer comment le modèle politique construit par la communauté Acéphale vise l’émancipation de tout système politique à partir de son impossibilité pratique. C’est en ce sens que le projet-Acéphale emprunte ses caractéristiques à l’image du météore : s’embrasant soi-même dans le ciel (du grec metéora), elle est la société secrète qui relève et soulève (meteôrismos) les impossibilités d’une politique stable et radicalement homogène.
- # communauté, fascisme, Georges Bataille, politique, sacrifice
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Mathieu Cipriani
Nous interrogerons dans cet article, l’esthétique anarchiste et le non-gouvernable à travers la création collective à l’œuvre dans le théâtre d’éducation populaire. Deux expériences de « la Tri-bu » d’Armand Gatti nous semblent particulièrement représentatives de ce type de procédure et de ses limites : L’Arche d’Adelin, réalisée en 1976, dans le Brabant Wallon ; et Ces canards qui vo-laient contre le vent, réalisée en février 1977, à Saint-Nazaire. Dans ces deux cas d’étude, l’œuvre théâtrale n’est plus seulement considérée comme un objet esthétique mais comme la traduction en acte d’un cheminement de pensée et d’une utopie. L’enjeu de ces créations est de faire en-tendre une parole authentique libérée de l’emprise idéologique et des logiques d’assignation. Nous formons l’hypothèse que les conditions d’émergence de cette parole reposent sur la produc-tion d’un espace relationnel autogéré et la construction à la fois individuelle et collective d’un « imaginaire géographique » ouvrant à d’autres possibles.
- # autogestion, création collective, éducation populaire, géographie anarchiste
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Élise Garraud
En repartant de la distinction de l’ingouvernable et du non-gouvernable opérée par Catherine Malabou, le texte propose de se déplacer de la dimension sociale à la dimension esthétique pour observer une domination particulière, s’exerçant dans les arts de la scène : celle de l’art sur la technique. Une pesante idée de l’art tient la ou les techniques comme ses moyens. À l’inverse, une certaine idée du faire, du fait de faire, peut restituer aux techniques constituantes de l’œuvre scénique leur égalité et une indépendance. Le travail du Théâtre du Radeau présente un mode singulier de manifestation du faire et critique l’idée hiérarchisée de l’art. En s’arrêtant plus précisément sur les costumes, on comprend que ce faire est concerné par le jeu, le passage, l’articulation sensible, et on dégage certains points pouvant intéresser une théorie du costume factuelle, et actuelle.
- # articulation, costume contemporain, jeu, théorie du costume
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Viviana Lipuma
Le présent article entend, d’une part, répertorier les opérations de nomination, de quadrillage et d’avilissement qui caractérisent la gouvernementalité des populations racisées durant la période coloniale, en remontant pour ce faire aux thèses racialistes du milieu du 19e siècle et aux épisodes des « spectacles ethniques » en Europe et aux États-Unis. D’autre part, il souhaite explorer les manifestations culturelles qui permettent de contrer les effets traumatiques de ces expériences d’assignation par une performativité du « monstrueux ». Je me focaliserai sur deux en particulier, ayant cours durant les festivités carnavalesques en contexte post-colonial : le Mas du groupe à peau Voukoum à Basse-Terre (Guadeloupe) et la figure du « bate-bola » des périphéries nord et ouest de Rio de Janeiro (Brésil). Je fais l’hypothèse que, loin d’être une simple « inversion du stigmate », le monstrueux se présente ici comme une catégorie esthético-politique qui permet la constitution d’un sujet collectif et met toute velléité de gouvernementalité en crise.
- # carnaval, désordre, esclavage, rituel, sacré
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Emma Gioia
Au temps de la globalisation 2.0 du perreo et de l’explosion de mouvements et de documents audio-visuels, les mémoires de cette danse aux influences afro-latino-caribéennes continuent d’être marginalisées. Simultanément, sur les réseaux sociaux, dans des fêtes, des nombreuses critiques s’opposent, en mots, en gestes et en images. Ce paradoxe entre effacement et prolifération façonne le régime impérial des archives de danse et situe l’histoire du perreo dans le prolongement de « l’abandon historiographique » (Guarato, 2019) et de la marchandisation des danses latino-américaines. L’anti-manuel diffusé ici a pour objectif d’amplifier les résistances chorégraphico-documentaires à l’oubli comme au devenir chose des danses populaires.
- # abandon historiographique, marchandisation, perreo, reggaetón, régime impérial des archives de danse
- NUMÉRO 2 : ESTHÉTIQUES ANARCHISTES, Revue
- Thomas Vauthier
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le Japon met fin à sa réclusion volontaire (le sakoku) et s’ouvre à la modernité occidentale. Cette révolution influera tant sur l’organisation sociale – l’instauration d’un État-nation impérial, la formation des classes bourgeoises et ouvrières – que sur la manière de concevoir les arts, de par l’adoption du système des Beaux-Arts. L’ouverture sur le monde se traduisit également par l’introduction de l’anarchisme européen et russe, à l’origine d’une révélation culturelle anarchiste. Reprenant les principes d’actions directes à l’échelle du quotidien, de coopératisme et de pluralisme, plusieurs tendances artistiques émergent : mouvements pour l’éducation nouvelle, art paysan, art ouvrier, artisanat populaire mingei. Cette articulation exemplaire entre théorie et pratique politiques et mouvements artistiques continuera d’inspirer un certain pan de l’art moderne et contemporain japonais. À l’instar de Kyūshū-ha, collectif pionnier de l’Anti-art, qui participa par les moyens de l’art aux luttes syndicales du début des années 1960. À la suite des critiques institutionnelles et des tentatives de déconstruction propres aux années 1950-1960, les pratiques contemporaines se déploient autour de la création de projets artistiques favorisant la co-création, la spécificité du site et la recherche d’effets pragmatiques. Nous nous intéresserons particulièrement aux pratiques de fabrique spatiale, de création de lieux communautaires à l’intersection entre art et engagement social, à travers les pratiques de Sakaguchi Kyohei et de Nakashima Rika.
- # anarchie, anti-art, art, coopératisme, Japon