Notre proposition comprend, d’une part, une sélection de photographies issues de trois séries documentaires, comme autant d’explorations de localités : Kyoto, Onomichi, Kyojima (Tokyo) – initiées par Thomas Vauthier, puis rejoint par Fanny Terno. D’autre part, ces images seront accompagnées d’un texte co-écrit présentant les diverses modalités de production, d’exposition, et d’ouvertures théoriques intrinsèques à ces images. Les notions de bricolage, d’informalité, d’ensauvagement et d’entropie – en regard avec des concepts esthétiques spécifiquement japonais – seront notamment abordées pour préciser notre approche exploratoire de ces territoires japonais entre déshérence et revitalisation.
Parce qu’elle permet d’élargir notre perception par le biais d’une machine, l’utilisation de la vision infrarouge, et plus précisément de la thermographie par les artistes contemporains, s’annonce comme une piste prometteuse pour dessiner de nouvelles approches des troubles qui planent sur le Capitalocène. Quels langages critiques se développent-ils à partir de l’art thermographique, c’est-à-dire, à partir de ce nouvel angle extra-humain ? En amplifiant le corps d’un sens dont il est dépourvu, la caméra photo-thermique pourrait-elle être considérée comme une prothèse sensorielle pour rafraîchir notre regard sur le monde ?
Lors d’un entretien réalisé le 31 janvier 2024, la conteuse Virginie Komaniecki livre son regard aiguisé sur l’état et la pratique du conte de tradition orale aujourd’hui, ainsi que son lien avec l’espace scénique : les raisons de la méconnaissance du conte en tant qu’art et du manque de littérature le concernant, ses fonctions oubliées, son rapport et ses écarts avec le théâtre, son rapport à l’écrit. Elle revient également sur les conditions de création particulières de deux de ses spectacles qui nous ouvrent à la spécificité de son geste artistique de conteuse et de son rapport à son art : Rouge Mémère, créé en 2014, qui s’ancre à la fois dans la matière du Petit Chaperon rouge et dans ses racines ukrainiennes, ainsi que Les Mots des serpents, sa dernière création, adaptée d’un roman estonien.
Si elle trouve largement sa place dans l’art, la question de l’affect reste minoritaire et dévalorisée dans la recherche universitaire. Mais dans le cadre de la recherche-création, il est intéressant de se pencher sur le sujet, notamment au regard d’une pratique contemporaine fortement influencée par les cultural studies anglo-saxonnes. Ce champ de recherche interdisciplinaire naît dans les années 1960 au Royaume-Uni. Il porte initialement sur l’analyse des pratiques culturelles comme reflet des dynamiques de pouvoir dans la société contemporaine. Avec le temps et dans une volonté de croisement des disciplines, les cultural studies peuvent aussi s’intéresser aux rapports de domination sous l’angle du genre ou de l’assignation raciale par exemple. Cet article s’intéresse à un texte de l’historienne de l’art SooJin Lee à propos du travail de l’artiste plasticienne Nikki S. Lee. Toutes deux d’origine coréenne, elles traitent du sujet du « fan-club » à la fois sous l’angle de l’expérience, du témoignage et de la performance artistique. Ce détour analytique permet d’introduire une réflexion sur l’influence des pratiques de fans dans la création contemporaine mais aussi dans le domaine théorique, menant à la question du fan universitaire, dit aca-fan.
Ce texte est pensé comme une forme de notice scientifique et sensible de l’installation multimédia A Familiar place. Dans sa forme longue, cet article détaille les différentes étapes de création, des prémisses (plans et changements) à la structure finale (les différentes formes de l’installation selon le lieu de l’exposition). Il s’agit ici d’aborder de manière accessible, le travail pluridisciplinaire de l’artiste et de l’artiste chercheur en particulier, au travers de l’étude synthétique de l’installation A Familiar Place.